La nasale flottante

Pour s'exercer à l'écriture du tibétain !

La nasale flottante

Messagede Bhikkhus » Jeu 13 Sep 2012 09:34

Bonjour à toute et à tous. :D

Je travaillais sur mes cours hier soir et je me suis soudainement souvenu d'un très intéressant topic (bourré d'exemples) posté par notre ami Namkaï au sujet de la nasal flottante. Ce post avait été intégré dans une discussion et s'est un peu perdu avec le temps dans les méandres de notre forum. Après une très lègère redisposition du texte, le voici intégralement tel que Nam nous l'avait proposé.
Puisse t-il venir en aide à celles et ceux perdu face à

la nasale flottante

* * *

:?: Pourquoi བྷཻ་ཥ་ཛྱེ་se prononce BEKANDZE et ར་ཛཱ་, RANTZE ?

:arrow: Comment lisons-nous ceci : བཛྲ་Vajra ? Eh bien les Tibétains, eux, le prononcent toujours "bèndza". Il y a en effet ce que l'on appelle une "nasale flottante", exactement comme dans le mot dâkinî : མཁའ་འགྲོ་མ་qui se prononce Kandoma. Il y a des lettres qui font ce qu'on appelle une "nasale flottante" en tibétain. C'est la plupart du temps le cas pour le 'a chung quand il est placé en préfixe de la seconde syllabe. Encore un exemple, le sanghâ, qui s'écrit dge 'dun དགེ་འདུན་mais qui se prononce "géndün" : cherchez le "n" dans l'orthographe tibétaine : il n'existe nulle part, mais pourtant une chose est claire : il est bien là... Dans notre exemple, c'est la lettre ཛྲou comme ici ཛྱ་qui implique cette "nasale flottante".

Le mantra du bouddha de la médecine (SK. Bhaisajyagurubuddha, TIB. Sangs-rgyas sman-bla) sera donc prononcé différemment selon que c'est un Tibétain ou non qui le récite.
Dans un cas (sanskrit) : tadyathâ om bhaikajye bhaikajye mahâbhaikajye râja samudgate svâhâ, et dans l'autre (tibétain) : tédyathâ om bhaikandzé bhaikandzé mahâbhaikandzé randza samusgaté sohâ.

C'est assez fréquent quant la lettre préfixe de la deuxième syllabe d'un mot di-syllabique est un 'a chung. Assez fréquent, mais pas pour autant automatique.

:arrow: dge-'dun དགེ་འདུན་, le sanghâ, prononcé gèndün.

Ce sera automatique en revanche, quand, toujours dans le cas d'un di-syllabique, la lettre suffixe de la première syllabe, ainsi que la lettre préfixe de la deuxième syllabe, sont toutes deux des 'a chung.

:arrow: mka'-'gro-ma མཁའ་འགྲོ་མ་, dâkinî, prononcé k'andoma

* * *

:idea: Voici ce qu'en dit Nicolas Tournadre :

On trouve notamment les préfixes 'a , ma , et la plupart des combinaisons comportant un L : zl ཟླ, ld ལྡ, lt ལྟ, lj ལྗ. En outre, à titre exceptionnel, le l , lorsqu'il apparaît à la finale de la première syllabe, peut aussi générer une nasale.

Les lettres préfixées 'a et m, ainsi que les combinaisons susceptibles de générer une nasale, seront appelées des "nasalisateurs". La nasale obtenue est dentale (n), labiale (m), ou vélaire (ng) selon le cas. Elle a en général le même lieu d'articulation que la consonne finale de la première syllabe ou que la consonne initiale de la seconde.

On trouve les cas de figure suivants :

- Si le nasalisateur est précédé par la consonne /p/, celle-ci est nasalisée en /m/.

:arrow: ཞབས་འདེགས་ (zhabs-'degs) -> shap+nteg -> shamté : "service"
:arrow: ཞིབ་འཇུག(zhi-'jug) -> ship+njug -> shimdjou : "recherche".

- Si le nasalisateur est précédé par la consonne /k/, celle-ci est nasalisée en /ng/.

:arrow: མིག་འཕྲུལ་ (mig-'phrul) -> mik+ntrü -> mingtrü : "illusion".

- Si le nasalisateur est précédé par une consonne nasale, il n'y a pas de changement.

:arrow: སྔོན་འགྲོ་(sngon-'gro) -> ngön+dro -> ngöndro : "pratiques préliminaires"
:arrow: སྨོན་འདུན་(smon-'dun) -> smön+dün -> möndün : "souhait".

- Si le nasalisateur est précédé par une voyelle ou un allongement (dû à un r ou à un l), il génère une consonne nasale qui dépend du lieu d'articulation de la consonne suivante, c'est-à-dire la consonne initiale de la deuxième syllabe. On rencontre les cas suivants :

- Lorsque le nasalisateur est suivi d'une consonne /p/, il génère la nasale /m/.

:arrow: དཔལ་འབར་(dpal-'bar) -> pèl+nbar -> pèmbar (c'est un prénom)
:arrow: དམའ་འབེབས་(dma'-'bebs) -> maa+npèb -> mampèb : "mépris"

- Parfois, la labiale n'est présente que dans l'orthographe sous la forme d'un b.

:arrow: ཤ་འབྲས་(sha-'bras) -> sha+ndré -> shamdré : "ragoût de yak ou de mouton"

- Lorsque le nasalisateur est suivi par une consonne /t/, /ts/, ou /c/, il génère une nasale dentale /n/.

:arrow: དགེ་འདུན་(dge-'dun) -> gè+ndün -> guèndün : le sanghâ
:arrow: མི་འདུག(mi-'dug) -> mi+nduk -> minduk : "inexistant"
:arrow: བོད་ལྗོངས(bod-ljongs) -> pö+djong -> pöndjong : "Pays de Böd" (le Tibet, la RAT)

- Lorsque le nasalisateur est suivi par une consonne /k/ ou /ky/, il génère une nasale vélaire /ng/ :

:arrow: དུས་འཁོར་(dus-'khor) -> dü+nk'or -> dünk'or : "cycles du temps"
:arrow: གསར་འགྱུར་(gsar-'gyur) -> sar+ngyur -> sangyur : "nouvelles"

Cependant, dans le cas où la nasale est due au préfixe m, c'est ce son qui apparaît en général quelle que soit la consonne suivante :

:arrow: རྒྱུ་མཚན་ (rgyu-mtshan) -> gyu+mtsèn -> Gyumtsèn : "raison"

Ces nasales sont dites "flottantes" dans la mesure où elles ne sont pas toujours obligatoires, surtout dans le registre soigné et à la lecture. En revanche, elles apparaissent presque toujours dans la conversation courante.

Ainsi, on entendra pour རྒྱ་མཚོ་, "océan", aussi bien kyamtso que kyatso ; pour རྒྱུ་མཚན་, "raison", kyumtsèn ou kyutsèn. Toutefois, སྐུ་ཟླ་, "époux", est toujours prononcé kunta et non kuta. De même, རྒྱལ་རྩེ་, "ville de Gyantse", gyantsé mais pas gyatsé ; དགེ་འདུན་, "sanghâ", gèndün mais pas gèdün.

Signalons au passage que les lettrés ne sont généralement pas conscients de prononcer ces nasales flottantes qui n'ont pas été décrites par la grammaire traditionnelle, ni par les ouvrages les plus récents. Exemples :

:arrow: Avec zl, ld, lt, lj ou l :

བོད་ཟླ་, /pönda/ : "mois lunaire"
ད་ལྟ་, /danta/ : "maintenant"
དཔལ་ལྡན་, /pèndèn/ : "Pèndèn (nom de personne)"
སྟོབས་ལྡན་, /tomdèn/ : "dépeceur" (de cadavres)
ཡུལ་ལྗོངས་, /yündjong/ : "paysage"
འབྲས་ལྗོངས་, /drèndjong/ : "Sikkim"
ཡལ་ག, /yèka/ ou /yènka/ : "branche"
དགའ་ལྡན་, /gandèn/ : "Gandèn (nom d'un grand monastère près de Lhassa)".

:arrow: Avec le préfixe 'a :

གསོལ་འདེབས་, /söndèp/ : "prière"
དུད་འགྲོ་, /dündro/ : "animal"
ཞིབ་འཇུག, /shimdju/ : "recherche"
འཐབ་འཛིང་, /thamdzing/, "lutte"
སྐུ་འབུམ་, /kumbum/ : "Kumbum (grand monastère en Amdo)"
ཡར་འབྲོག་གཡུ་མཚོ་, /yamdrok yumtso : "lac Yamdroyumtso"
བདག་འཛིན་, /dangdzin/ : "égoïsme " (litt.: "la saisie du soi")
སྐྱབས་འགྲོ་, /kyamdro/ : "refuge"
ཁ་འདོན་, /k'andön/ : "réciter des prières"
ཞལ་འདེབས་, /shèndèp/ : "offrande", "contribution"
ཞབས་འདེགས་, /shamdèp/ : "service"
རྟེན་འབྲེལ་, /tèmdrèl/ : "signe efficient (introduisant un effet bénéfique)", "cérémonie".

:arrow: Avec le préfixe m :

རྒྱལ་མཚན་, /gyantsèn/ : "bannière"
སྐུ་མདུན་, /kundün/ : "la présence" (litt.:devant le corps, titre du Dalaï-Lama)
ཕྱག་མཛོད་, /changtsö/ : "trésorier"
ལྷ་མཛེས་, /lhandzé/ : "belle déesse (nom de personne)"
ལོ་མཚོད་, /lomtchö/ : "commémoration de la 1ère année de la mort".

* * * :mrgreen: * * *
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Re: La nasale flottante

Messagede Phurba » Jeu 13 Sep 2012 13:00

Ce sujet méritait en effet d'être dépoussiéré ! Merci Bhikkhus ! :)
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