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Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Dim 19 Juil 2015 18:07
de val7261
Bonjour à tous,

J'ai une question, comment faite vous pour ne pas vous attacher à une personne? J'ai beaucoup de mal avec ce terme. Pouvez vous m'aider?

Merci d'avance

Val7261

Re: non attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Lun 20 Juil 2015 13:15
de Bhikkhus
Très bonne question que voila. Merci de l'avoir posée Val !

Le non-attachement… Il est vrai que cela peux paraître une curieuse notion au demeurant. Je ne suis absolument pas un spécialiste du sujet, mais selon les quelques enseignements que j’ai eu la grande chance d’obtenir et que je pense avoir correctement assimilé, aussi longtemps que nous restons attachés aux diverses possessions (quel qu’elles soient), nous en désirons toujours plus et sommes donc continuellement dans un état d’insatisfaction et de manque : manque d’amour, de démonstrations amoureuses, manque d’argent, de possibilitées d’en obtenir d'avantage, manque de temps, etc… Or, c’est en donnant (peut importe ce que c’est : amour, argent, temps, etc…) que nous découvrons la possibilité d’être vraiment satisfaits. Plutôt curieux non ? C’est à expérimenter ! En fait dans cette satisfaction, se trouve justement la capacité de jouir de tout ce qui est souhaité. Il existe un proverbe à se sujet qui nous dit :

« De la possessivité naît le manque. Du non-attachement, la satisfaction ».

Reprenons ton exemple avec le désir que peux éprouver un homme pour une femme ou réciproquement celui d’une femme pour un homme : fondamentalement ils se rencontrent et si tout se passe correctement s’unissent. Des passions naissent nécessairement et certains problèmes s’ensuivent obligatoirement ; cela peut durer un certain temps, puis une autre forme relation (sous-entendu entente) débute, etc… Les différentes situations de désir et les problèmes qui y sont associés se répètent ainsi de façon cyclique. Ce peut être également l’attachement pour des biens (son portable, ses vêtement, sa musculature, sa voiture, son habitation…) ou pour des proches (ses parents, son frères, sa sœurs, son ami(e)…). Face à l’inéluctabilité de l’impermanence des phénomènes, les multiples formes de désirs ne procurent finalement qu’insatisfaction : en effet, si nous possédons un millier d’euros, nous en souhaiterions deux, puis dix, puis cent, puis mille, un million, un milliard… les perturbations mentales sont toujours vivaces, l’esprit est continuellement insatiable…

Voici une petite histoire à ce sujet :

A l’époque du Bouddha Shâkyamuni, un moine eu accidentellement en sa possession un joyau absolument merveilleux qui, lorsqu’on l’en priait avec ferveur, procurait tout l’or, l’argent ou les pierres précieuses demandées. « Je ne suis qu’un simple moine, pensa l’heureux propriétaire, or je n’ai nul besoin de toutes ces richesses. Mieux vaudrait-il donner ce joyau à quelqu’un de vraiment pauvre et nécessiteux. Mais ils sont si nombreux pensa l’homme. Pourquoi favoriserai-je l’un plutôt que l’autre ? Le Bouddha est omniscient ; lui me dira certainement à qui le donner. »

Il se rendit donc auprès du Bouddha, lui expliqua son embarras, et le pria de lui désigner la personne à qui il conviendrait le mieux d’offrir le précieux joyau. Le Bouddha lui conseilla alors le souverain du lieu, un monarque fort riche et particulièrement puissant. Il lui fit l’offrande, que le roi accepta tout en demandant la raison profonde d’un tel présent. Le moine lui expliqua : « Je pensais qu’il me fallait donner ce joyau à un pauvre mais, ne sachant lequel choisir, je m’en remis à l’omniscience du Bouddha qui m’avisa de vous l’apporter. »

Le souverain trouva la chose plutôt étrange, considérant qu’il n’y avait probablement pas sur terre plus riche et plus puissant que lui. Pour être éclairé de cette situation, il se rendit à son tour auprès du Bouddha et lui demanda alors pourquoi il l’avait désigné au moine, alors que celui-ci demandait quel pauvre serait le mieux loti avec ce joyau. « C’est tout-à-fait vrai, répondit le Bouddha, il n’est sans aucun doute pas de plus riche que toi sur terre ; mais il n’est sans aucun doute pas non plus de cupidité plus grande que la tienne. C’est pourquoi j’ai dit au moine de te donner ce joyau. »


Comprenons dans cette image que l’insatisfaction peut donc faire du plus riche le plus nécessiteux ! Ainsi est-il essentiel dans la notion du non-attachement d’avoir du contentement, d’être satisfait de ce qui est et de ce que nous avons, d’être heureux avec ce que nous possédons maintenant ; et, par conséquent, de ne pas nous engager constamment dans des comportements de désir. Autrement, quand bien même aurions-nous un palais recouvert de feuille d’or et toutes les richesses du monde à l’intérieur, nous ne ferions que nous y attacher continuellement et, à l’heure de notre mort, sans en emporter la moindre parcelle, nous n’en garderions que l’attachement, qui, selon la tradition bouddhique, nous ferait automatiquement renaître dans un état d’esprit avide.

Dans l’attente de l’avis d’un membre plus expérimenté, cela répond déjà-t-il un temps soit peu ta question ?
:)

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Lun 20 Juil 2015 20:04
de val7261
Bonsoir,

Oui vous avez bien repondu a ma question sachant que le non attachement a quoi que ce soit ou a qui est tout de même tres difficile. On, enfin je parle pour moi, l'attachement vient naturellement surtout envers les personnes que l'on aime ou tres proche. Et donc assez difficile à concevoir. Mais il faut essayer de se detacher de tout cela est pas evident mais il faut le faire pour etre bien et son esprit non perturbé.
Merc encore pour ce site ou l'on peut poser nos questions avec des reponses rapides et claires. :|

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Mer 5 Aoû 2015 17:54
de mudmännchen
Bonjour,

Je comprends tout à fais le concept de non-attachement, et je vous remercie pour cette explication. Je me pose cependant une question : ne pas s'attacher (à quelq'un par exemple), certes parasiterai moins l'esprit de désirs, mais ne reviendrait-il pas à vivre dans une trop grande solitude ?

Je vous donne un exemple : de très bons amis s'en vont pour l'autre bout du monde (l'Australie, dont ils sont originaires), et je suis très attaché à eux, donc évidemment j'en suis triste et perturbé. Ne serait-ce pas refouler des émotion que de me détacher de cette situation ? Ces émotions me semblent pourtant naturelles et selon moi doivent se vivre afin de passer le cap.

J'espère avoir été clair dans mes questions.

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Jeu 6 Aoû 2015 09:33
de Bhikkhus
mudmännchen a écrit:ne pas s'attacher (à quelq'un par exemple), certes parasiterai moins l'esprit de désirs, mais ne reviendrait-il pas à vivre dans une trop grande solitude ?

Le non-attachement ne doit pas être compris comme un « refoulement » au sens le plus simple du terme, mais bien comme une satisfaction de nos possessions de l’instant. Or, dans la satisfaction, dans le contentement de ce que nous avons à un moment donné, il n’y à pas de manque, de vide, de solitude, pour reprendre ton terme.

mudmännchen a écrit:je suis très attaché à eux, donc évidemment j'en suis triste et perturbé.

Tu es très attaché à eux, car comme je le mentionne plus haut, tant que nous restons attachés aux diverses possessions (quel qu’elles soient), nous en désirons toujours plus et sommes donc continuellement dans un état d’insatisfaction et de manque.

mudmännchen a écrit:Ne serait-ce pas refouler des émotion que de me détacher de cette situation ?

Il n’y à rien à refouler. Au contraire, il y à découvrir, à comprendre et à embrasser le jeu de l’impermanence des phénomènes qui joue dans cette situation un rôle essentiel.

mudmännchen a écrit:Ces émotions me semblent pourtant naturelles et selon moi doivent se vivre afin de passer le cap.

C’est une façon de voir les choses. Je ne vais pas trop rentrer dans les détails ici, mais l'incompréhension de l’impermanence des phénomènes composés (ou conditionnés) est sans aucun doute la première grande méprise qui nous plonge régulièrement et continuellement dans ce fameux « cap » de souffrance. Elle consiste précisément (dans ton cas, comme pour nous tous) à prendre pour durable ce qui est impermanent.
En projetant ainsi ce désir, cette illusion de permanence et de stabilité sur notre vie, nos proches et les choses qui nous entourent, manifestement nous travestissons donc la réalité. Nier ainsi la réalité revient à pervertir notre vision de l’existence. C’est d’ailleurs la deuxième des quatre grandes méprises : « prendre pour réel ce qui n’est pas vrai ». L’illusion est un décalage avec la réalité, et le fait d’attribuer de la durée à ce qui n’en a pas est une construction imaginaire. Ce décalage entre la réalité et nos croyances, en accordant surtout confiance à celles-ci plutôt qu’à celles-là, est la source d’innombrable souffrances. Dans ton cas, sentiment de manque, tristesse, perturbation mentale, etc…

Bien à toi.
Bhikkhus

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Ven 7 Aoû 2015 11:44
de mudmännchen
Merci pour cette réponse, me voilà bien plus éclairé maintenant.

J'ai cependant de nouvelle question qui me viennent en tête.

Dans ce que tu appelles "le jeu de l'impermanence des phénomènes" il y a bien ce moment où une coupure se fait et où l'on doit s'adapter à de nouvelles situations désormais présentes. Et ce travail d'adaptation n'est pas facile lorsque l'on est, par la force des choses, détaché de nos "possessions présentes". Quels seraient tes conseils afin de faire ce travail ?

En d'autres termes maladroits et directs : comment "lutter" contre le manque de quelqu'un qui s'en va ?

(Ma situation, bien que facile à vivre, pourrait se comparer au deuil d'une personne chère je suppose.)

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Ven 7 Aoû 2015 14:20
de Bhikkhus
mudmännchen a écrit:il y a bien ce moment où une coupure se fait et où l'on doit s'adapter à de nouvelles situations désormais présentes.

Pour reprendre tes termes, « la coupure se fait », s'impose même, à cause de notre soif permanente de devenir et de prolongement, notre désir d’éternité. Au centre de cette soif, il y à la croyance en un « Soi » individuel, unitaire et durable et ceci est véritablement le problème (disons d’un point de vue bouddhique). Car ce Soi identitaire dépend d’une nébuleuse d’évènements fugaces et transitoires, et ne saurait assurer notre pérennité en tant qu’être vivant et pensant. En regardant bien les choses, nous ne sommes effectivement plus le jeune enfant ou l'ado que nous étions il y à quelques années.

En fait, sans nous en rendre compte, inlassablement, nous reconstruisons ce Soi en nous appuyant sur l’apparence de notre corps, sur nos sensations, nos sentiments et nos représentations mentales, nos souvenirs, nos habitudes et nos routines, nos expériences bonne et mauvaise et tout ce que nous croyons connaître de la réalité (que cela soit d'ailleurs vrai ou faux). Dès lors, pour contrer l’évidence de l’impermanence et répondre au sentiment angoissant de n’être rien, nous nous empressons de répondre : « Je suis quelque chose, quelqu’un ». Mais ce « Moi » auquel nous nous accrochons n’est qu’un fragile faisceau de représentations de nous-même, menaçant de se défaire à tout moment. Malgré cela, nous ressentons le besoin de nous agripper à cette identité comme à notre être fondamental, parce que nous croyons fermement qu’elle donne un sens à notre vie. C’est bien là l’erreur… Car finalement, s’adapter, accepter, refouler ou tourner la page, ne sert pas à grand-chose car irrémédiablement une nouvelle situation de souffrance se présentera à son tour. Il n'y à là véritablement aucun sens à s'adapter...

mudmännchen a écrit:ce travail d'adaptation n'est pas facile lorsque l'on est, par la force des choses, détaché de nos "possessions présentes".

Ce n'est pas simple, je le conçois. Pour mieux comprendre cette sournoise notion d’attachement aux choses, il nous faut savoir qu’il nous est difficile de maintenir la croyance en un noyau solide de personnalité sans projeter cette solidité sur l’extérieur. Et c’est bien pourquoi nous cherchons sans cesses à créer les éléments d’un bonheur durable en misant sur la possibilité de contrôler les êtres et les choses qui nous entourent. Progressivement, au « Moi » s’adjoint donc le « Mien », le sentiment illusoire que l’on possède quelque chose. Même si on ne saurait jouir durablement de ce qui est impermanent, nous attribuons néanmoins de la solidité et une réalité durable aux choses extérieures (en l’occurrence l’amitié avec tes amis).

Sans vraiment le vouloir, j’en arrive à évoquer l'une de nos grande méprise, celle qui consiste à prendre pour plaisant ce qui n’est qu’une cause de souffrance. Cette croyance censée consolider notre réalité est aussi erronée que celle qui consite à prendre pour éternel ce qui est impermanent. Automatiquement, le fait de s’agripper à des phénomènes fugaces comme s’ils étaient stables ne peut qu’engendrer de la souffrance.

mudmännchen a écrit:comment "lutter" contre le manque de quelqu'un qui s'en va ?
(Ma situation [...] pourrait se comparer au deuil d'une personne chère je suppose.)

J’ai moi même déjà vécu des séparations douloureuses et tout récemment la disparition d’un proche parent. Pour reprendre ta comparaison avec le deuil d’une personne, c’est délicat et probablement prétentieux de vouloir de te donner un conseil ou un avis car si nous sommes tous égaux devant l’obligation de faire face à la séparation d’un être cher, chacun diffère quant à la manière de s’y préparer.

Toutefois, ce que je peux te dire, c’est que le bouddhisme nous invite justement à sortir de cette forme d’amnésie, à voir la mort ou la séparation d’un proche comme un passage et non une fin. Celle-ci devient alors un fait non seulement pleinement accepté, mais elle est aussi et surtout un sujet central de réflexion, d’étude et d’entraînement spirituel pour penser autrement notre existence et donc notre devenir. Ce que je dis ici (et qui n'engage que moi) peut être assimilé au processus de « lutte » auquel tu aspire, bien que je préfererais plutôt celui de compréhension. Ce processus doit se faire selon ses propres dispositions et au rythme de chacun.

Bien à toi.
Bhikkhus.

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Lun 10 Aoû 2015 15:57
de mudmännchen
Merci d'avoir pris le temps de me répondre, je comprends bien mieux le concept maintenant. J'aimerai cependant reprendre quelques idées avec toi :

Bhikkhus a écrit:(...) Finalement, s’adapter, accepter, refouler ou tourner la page, ne sert pas à grand-chose car irrémédiablement une nouvelle situation de souffrance se présentera à son tour. Il n'y à là véritablement aucun sens à s'adapter...


Que conseillerais-tu de faire pour simplement vivre ce genre de changements sans peine ?
Il me semble qu'un moment d'adaptation à une nouvelle situation est inévitable. Qu'en penses-tu ?

Bhikkhus a écrit:Toutefois, ce que je peux te dire, c’est que le bouddhisme nous invite justement à sortir de cette forme d’amnésie, à voir la mort ou la séparation d’un proche comme un passage et non une fin. Celle-ci devient alors un fait non seulement pleinement accepté, mais elle est aussi et surtout un sujet central de réflexion, d’étude et d’entraînement spirituel pour penser autrement notre existence et donc notre devenir. Ce que je dis ici (et qui n'engage que moi) peut être assimilé au processus de « lutte » auquel tu aspire, bien que je préfererais plutôt celui de compréhension. Ce processus doit se faire selon ses propres dispositions et au rythme de chacun.


Je comprends totalement ce point de vue, et j'en suis conscient. Moi-même je pense avoir terminé ce processus de compréhension sur ce changement soudain de direction. Et je ne peux être plus content pour mes amis qui s'en vont vivre de nouvelles expériences, et me considère heureux d'avoir à vivre cela de mon côté et de moi-même être amené à expérimenter de nouvelles choses. Mais le vide reste bel et bien présent. Et la tristesse aussi... Il me semble que ceci est normal. Qu'en penses-tu ?

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Mar 11 Aoû 2015 10:56
de Bhikkhus
mudmännchen a écrit:Il me semble qu'un moment d'adaptation à une nouvelle situation est inévitable. Qu'en penses-tu ?

Un moment d'adaptation est effectivement nécessaire. Je ne te l’apprends probablement pas, mais dans une situation de crise, quelle qu’elle soit, il y a toujours des êtres passifs, c’est-à-dire ceux qui vont rester figés sur place, avec souffrance et douleur, sur le passé (comme une sorte d’arrêt sur image), et des êtres actifs qui se tournent vers l’avenir. On est bien d’accord que cultiver et alimenter son malheur est nocif, voir destructeur. Dans ton cas, il est donc inutile de te plonger dans les vieux dossiers photos, de visionner les vidéos passées ou de retourner sur les lieux de vos agréables moments passés ensemble. Il faut accepter l’impermanence, s'y adapter (pour reprendre ton terme), l'adopter ; mais pour cela, la méditer, tenter de comprendre ce qu’elle est véritablement…

mudmännchen a écrit:le vide reste bel et bien présent. Et la tristesse aussi... Il me semble que ceci est normal. Qu'en penses-tu ?

Ce sentiment de vide (impermanent) et cette tristesse (impermanente) que tu ressens sont évidemment parfaitement normal. Mais ni l'un ni l'autre n'est véritablement bien présent, c'est-à-dire véritablement durable. De mon actuel point de vue, il ne faut ni refouler cet ensemble (brutalement), ni attendre qu’il s’estompe (progressivement). Au contraire… Il faut explorer cette situation de chagrin (qui va disparaître), la mettre sur table, la mettre à profit ; tenter de comprendre que ce sentiment de tristesse, cette incertitude mentale, cette souffrance intérieure est contraire à notre désir toujours renouvelé de solidité et de durabilité des choses. Ceci est notre véritable problème. C'est cette illusion de solidité et d'éternité qui est présente, et non pas le sentiment de vide ou de tristesse.

mudmännchen a écrit:Que conseillerais-tu de faire pour simplement vivre ce genre de changements sans peine ?

Vivre le changement sans peine revient à dire « vivre l’impermanence sans peine ». Or dans ce monde, tous les phénomènes psychiques et matériels sont déterminés par d’autres phénomènes. Ils naissent quant les conditions sont réunies, et se dissolvent aussitôt que celle-ci changent. Qu’il s’agisse de l’Univers, de la Terre, des montagnes, des arbres, des animaux ou des êtres humains, tout est soumis à l’impermanence. Et bien que nous le sachions au fond de nous-même ou que nous pensions en comprendre la grande subtilité des mécanismes, nous déployons néanmoins énormément d’énergie pour ne pas y penser. C’est assez paradoxal non ?!

Il va donc te falloir rebondir tout en pensant à ce paradoxe. Dans ton cas, adapter ta pensée et ton mode vie pour remonter la pente, regarder devant toi à l’instant présent et tenter de comprendre et d’utiliser à ton avantage cette situation de souffrance. Ceci afin de te changer, de mieux te préparer, lorsqu’une situation similaire (de souffrance) surviendra à nouveau. Pour ce faire, tu peux par exemple ouvrir des ouvrages de psychologie ou de bouddhisme traitant de ce sujet (cela pourra peut-être te servir sur le moment et pourra même en aider d’autre le cas échéant) ; tu peux essayer de fréquenter un lieu calme et reposant (montagne, mer, lac, zoo, centre bouddhique…) pour changer ton état d’esprit perturbé du moment et mieux méditer le fond du sujet ; rencontrer à cette occasion de nouvelles personnes, échanger sur de nouveaux sujets, peut-être même faire naître un intérêt ou une passion dormante, etc…

Mais toujours garder à l’esprit (par le biais d'un petit accessoire de rappel par exemple) que lorsque le temps effacera progressivement cette souffrance, que rien ne dure…. Ni l’ancienne souffrance, ni le nouveau bonheur. Dans ce monde, les choses changent… constamment...

Amicalement.
Bhikkhus

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Jeu 13 Aoû 2015 16:02
de mudmännchen
Je tiens à te remercier du fond du coeur pour le temps et l'énergie déployés pour répondre à mes questions. Je comprends désormais beaucoup mieux le point de vue bouddhique sur le sujet du non-attachement.

Si je résume (très sommairement) les conclusions dégagées : l'attachement n'est néfaste pour l'humain que s'il ne concerne pas l'instant présent. S'attacher à des souvenirs (des êtres, des rencontres) passés revient à ressasser, se concentrer sur des choses 'perdues' et bloquent certainement à aller de l'avant. Vivre dans l'impermanence du présent revient à accepter les changements de situations tout au long de sa vie. Plus que ça, à les comprendre et à en accepter l'enjeu pour notre construction identitaire et psychologique. J'aime beaucoup, et comprends parfaitement, le lien que tu fais avec tout autre phénomène naturels. En effet, tout est interconnecté et tout changement d'un élément implique le changement des autres.

Merci encore pour tes conseils.

ps : le déménagement des mes amis en Australie va d'ailleurs surement me faire voyager aussi, donc rien de bien triste finalement !

Re: Non-attachement dans le bouddhisme

MessagePosté: Ven 14 Aoû 2015 10:05
de Bhikkhus
mudmännchen a écrit:l'attachement n'est néfaste pour l'humain que s'il ne concerne pas l'instant présent.

Le Bouddha a enseigné que l’attachement est toujours néfaste pour l’être humain. Toujours…
Peut importe qu’il concerne les trois temps (passé-présent-futur).

mudmännchen a écrit:S'attacher à des souvenirs (des êtres, des rencontres) passés revient à ressasser, se concentrer sur des choses 'perdues' et bloquent certainement à aller de l'avant.

En fait, quand nous sommes libres d’attachement, nous n’attendons finalement pas des autres des choses irréalistes. Nous ne nous accrochons pas à eux de crainte de souffrir quand ils ne seront pas (ou plus) là.

Le non-attachement est donc une attitude calme, particulièrement réaliste et ouverte, qui accepte la situation et ne s’accroche pas au désir. Elle n’est absolument pas hostile, insociable ou paranoïde à la grande différence du détachement qui implique de ne pas se sentir concerné par la situation, d’être distant et froid vis-à-vis des autres.

Mais attention toutefois, avoir cette attitude équilibrée ne veut pas dire pour autant de rejeter notre famille et nos ami(e)s. Cela signifie d’entretenir avec eux une relation différente. Quand nous ne sommes pas attachés, nos relations avec les autres sont bien plus harmonieuses et, en fait, paradoxalement, notre affection pour eux s’accroît. C’est à expérimenter sur le terrain.

mudmännchen a écrit:Merci encore pour tes conseils.

Merci à toi pour cet échange.
Bien à toi.
Bhikkhus